Parler nutrition avec son psy ?
Au cours de notre vie nous traversons tous des événements qui impactent de manière plus ou moins importante notre humeur. Les sentiments par lesquels nous passons, comme l’angoisse ou la crainte, font partie de notre existence habituelle. Néanmoins, il peut arriver qu’ils prennent de plus en plus de place dans notre quotidien et s’ancrent dans le temps. Dans ce cas nous faisons possiblement face à un épisode dépressif voire à une dépression.
La dépression est une pathologie qui s’exprime de manière très différente en fonction des individus. Au cours de cet article nous allons essayer de nous intéresser à ce phénomène en le définissant puis en explorant différents types de prise en charge. Nous découvrirons ensuite la psychonutrition et ses apports innovants dans le champ de la dépression.
1) Qu'est ce que la dépression
Selon le DSM 5, principal outil de classification des pathologies psychiatriques, la dépression correspond à la présence d’au moins cinq symptômes présents au quotidien pendant une période minimale de 15 jours consécutifs. Ces symptômes sont divisés en deux catégories que sont les troubles physiques et les affections psychologiques :
Symptômes corporels
- Fatigue dès le réveil avec faible niveau d’énergie
- Ralentissement psychomoteur
- Troubles de l’appétit
- Troubles du sommeil
- Prévalence de l’émotion de la tristesse avec ou sans pleurs
Symptômes psychologiques
- Troubles de l’attention et de la mémoire
- Perte de l’intérêt dans des activités initialement plaisantes
- Sentiment de culpabilité et de dévalorisation en excès
- Perte d’élan vital et pensées suicidaires
Cette perturbation du quotidien est un élément essentiel pris en compte par l’OMS depuis une quinzaine d’années. Elle nous rappelle que ces symptômes seuls ne suffisent pas s’ils n’impliquent pas une répercussion dans les différentes sphères de la vie quotidienne. La dépression est portée par une seule personne mais a des conséquences sur les différents groupes sociaux auxquels elle appartient. Tantôt “cause”, tantôt “conséquence”, la dépression impacte la vie personnelle et professionnelle.
Le statut à part de la dépression, privée d’une origine déterminée ou d’une cause biologique, est parfois difficilement perçu comme une véritable pathologie. Cette réalité est au coeur de la souffrance des personnes qui la porte, marquée bien souvent par le manque de reconnaissance. Elle peut toucher n’importe quel individu.
2) Deux approches thérapeutiques complémentaires dans la prise en charge de la dépression
Dans le cadre de la prévention de la dépression, l’OMS préconise des recommandations pour limiter son apparition. On retrouve notamment des activités psychoéducatives, une baisse de l’exposition aux éléments stresseurs de notre environnement et la lutte contre l’isolement social.
Le premier traitement de la dépression est la psychothérapie, elle constitue l’approche psychologique de la prise en charge. Elle a pour but d’ouvrir un espace d’expression pour le mal-être du patient lui permettant de renouer avec lui-même, les autres et retrouver un ancrage suffisant pour avancer.
La psychothérapie peut être combinée à une prise en charge physique au travers d’antidépresseurs ou d’autres classes de médicaments. Leur but est de permettre une stabilisation de l’état émotionnel du patient lui permettant d’être suffisamment disponible pour un travail psychothérapeutique.
a) Approche psychologique
Comme nous l’avons vu plus tôt, il existe autant de motifs et de manifestations de la dépression que de personnes dépressives. On remarque tout de même le point commun du sentiment de solitude qui fait souffrance. L’ouverture de l’espace de parole avec le psychologue a pour premier objectif de venir apporter un apaisement face à cette douloureuse expérience du vide.
De nombreux professionnels peuvent être amenés à proposer un accompagnement aux personnes souffrant de dépression. Il convient d’être vigilant sur les spécialisations de chaque professionnel et de s’intéresser à leur niveau de formation. Un psychologue clinicien ne fournira pas le même travail qu’un psychiatre ou un psychanalyste par exemple. Si vous n’êtes pas au clair sur les différences je vous invite à lire l’article présentant les différents “psys”. Une focalisation plus ou moins importante sera portée sur la relation avec le patient ou sur la symptomatologie en fonction de la spécialité du professionnels. Nous allons développer quelques exemples :
- Dans la perspective d’un psychologue formé aux TCC, le but recherché dans l’accompagnement psychologique passera par un repérage de schémas invalidants ou pathologiques qu’il s’agira de faire évoluer.
- Pour un systémicien par exemple, le travail pourra s’axer davantage sur un travail sur la communication au sein de la sphère familiale afin de faire éclore un système plus serein pour le patient.
- Un psychothérapeute pratiquant la pleine conscience sera plus à même d’accompagner le patient dans la modification de schémas émotionnels négatifs qui peuvent sous-tendre l’état dépressif.
- Un psychologue formé à l’hypnose, pourra de son côté, guider le patient dans le questionnement de possibles événements traumatiques inaccessibles à premier abord et pourtant bien présents dans le vécu dépressif.
Au delà de la spécialisation et de la qualité de la formation du professionnel, il est crucial que la relation thérapeutique soit empreinte d’un engagement actif des deux partis. D’un côté un professionnel averti de son statut de rare interlocuteur toléré par le patient et de l’autre un patient prêt à s’investir dans un processus coûteux émotionnellement .
a) Approche physique
La prise en charge médicamenteuse est le principal axe de l’approche physique. L’utilisation de psychotropes est omniprésente dans la prise en charge de la psychiatrie depuis les années 1950 et a pris un place importante dans le quotidien des français. Les somnifères et anxiolytiques sont présents chez près d’un français sur 6. Ils s’inscrivent dans les cinq catégories des médicaments psychotropes avec les neuroleptiques, les régulateurs de l’humeur et les antidépresseurs.
Nous retrouvons également d’autres techniques dans l’approche physique qui peuvent être évoquées comme les méthodes de stimulation électrique ou magnétique ou des méthodes alternatives impliquant une prise en charge corporelle.
Au carrefour de ces différentes approches nous en retrouvons une dont les apports me semble intéressant. Il s’agit d’un champ de recherche qui combine les apports de la psychologie avec un axe physique au travers de la nutrition. Cet axe sera au coeur de la suite de cet article.
3) Qu'est ce que la psychonutrition ?
La psychonutrition est un domaine de la recherche scientifique qui prend de plus en plus d’ampleur à mesure que de nouvelles découvertes sont faites dans le champ de la santé. Derrière ce terme nous pouvons trouver l’ensemble des approches étudiant les interactions entre la nutrition et le psychisme. La psychonutrition cherche notamment à étudier les effets de l’alimentation sur notre fonctionnement cérébral et plus largement sur notre métabolisme.
Nous existons dans un monde où la dépression et les autres psychopathologies sont de plus en plus présentes dans notre quotidien. Leur prévalence a connu une accélération depuis la survenue de la Covid 19 encourageant à une meilleure prise en charge. C’est dans ce contexte que nous devons nous interroger sur notre rapport à notre corps et à ce que nous lui donnons.
De nombreuses études ont démontré que l’agriculture intensive au travers de la course aux rendements a fortement dévalué la valeur nutritive de nos aliments. On constate que la concentration de nutriments essentiels dans notre nourriture quotidienne a fortement diminué au cours des dernières décennies. On remarque par exemple une baisse notable de la concentration en fer, calcium, oméga 3 et bien d’autres nutriments cruciaux pour notre santé. Il paraît donc essentiel de penser l’alimentation comme un levier essentiel au bon fonctionnement de notre organisme tout autant que de notre psychisme.
Comme une large partie de la population mondiale, nous constatons que les français ne consomment pas suffisamment d’oméga 3 avec en moyenne une absorption équivalente à 0,6 grammes par jour contre 1 à 2 recommandés. Cette consommation insuffisante est problématiques car les oméga 3 sont des nutriments essentiels pour notre corps et notamment pour notre activité cérébrale. En effet les oméga 3 constituent la nourriture de notre cerveau et sont directement impliqués dans la synthèse des neurotransmetteurs.
On dénombre 3 types d’oméga 3 que l’on peut classer par sa rareté croissante dans nos régimes alimentaires :
– ALA : l’acide alpha linolénique fournit de l’énergie à notre corps
– EPA : l’acide eicosapentaénoïque permet de réduire l’inflammation présente dans notre corps
– DHA : l’acide docosahexaénoïque contribue à la bonne santé cérébrale, visuelle et cardiovasculaire
Il n’existe actuellement aucune mention de certains régimes alimentaires dans la prise en charge de la dépression. Cependant l’efficacité de certains régimes riches en oméga 3 a été prouvée dans le traitement de symptômes dépressifs depuis une dizaine d’années. En effet, de plus en plus d’études et de méta-analyse sont publiées et démontrent les effets bénéfiques des oméga 3 sur la santé mentale. En 2019 les équipes du Dr Liao ont pu démontrer qu’une consommation d’1g par jour avec une concentration d’EPA > à 60% avait des effets positifs sur la dépression.
La supplémentation en oméga 3 n’est d’ailleurs pas réservée qu’aux épisodes dépressifs légers. En effet le psychiatre Guillaume Fond, expert en psychonutrition, cite une méta-analyse récente ayant “ confirmé que les oméga-3 étaient efficaces en monothérapie et combinés aux antidépresseurs surtout chez les patients sévères “.
(https://www.larevuedupraticien.fr/article/nutrition-et-psychiatrie)
Différentes études menées au Canada nous apporte également la preuve qu’un régime riche en oméga 3 et limitant les oméga 6 ont une efficacité réelle dans la prise en charge de certains symptômes du TDA/H (Belanger, 2009 & Bos, 2015) et des troubles bipolaires (Bozattello, 2016)
Il est nécessaire de rester vigilant quant à l’origine des compléments alimentaires à base d’oméga 3 que vous pouvez consommer. Il n’existe que très peu d’organismes contrôlant la qualité de ces produits dont la concentration peut largement varier en fonction des laboratoires qui les élaborent. Il est donc important de bien regarder la teneur en EPA et DHA des produits que vous pouvez utiliser et de les acheter auprès de vendeurs réputés. En cas de doute adressez vous à un professionnel de santé qualifié pour vous conseiller comme votre médecin, pharmacien ou un diététicien.
Il est également important de garder à l’esprit qu’une cure d’oméga 3 ne remplace pas une prise en charge médicamenteuse et que leurs effets se matérialisent sur des périodes de temps différentes. Un antidépresseur sera efficace au bout de deux semaines environ alors qu’une cure d’oméga 3 prendra plus de temps à se ressentir.
Références
Bélanger SA et al : Traitement des acides gras oméga-3 chez les enfants souffrant d’un trouble de l’hyperactivité avec déficit de l’attention : Une étude randomisée, en double aveugle et contrôlée par placebo. Paediatr Child Health. 2009 Feb;14(2):89-98.
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/19436468
Berger G. Comments on Bozzatello et al. Supplementation with Omega-3 Fatty Acids in Psychiatric Disorders: A Review of Literature Data. J. Clin. Med. 2016, 5, 67. J Clin Med. 2016 Aug 3;5(8):69. doi: 10.3390/jcm5080069.
Bos DJ et al. : Réduction des symptômes d’inattention après une supplémentation alimentaire en acides gras oméga-3 chez les garçons avec et sans trouble de déficit de l’attention/hyperactivité. Neuropsychopharmacology 2015 volume 40, pages 2298-2306. https://www.nature.com/articles/npp201573
Liao, Y., Xie, B., Zhang, H. et al. Efficacy of omega-3 PUFAs in depression: A meta-analysis. Transl Psychiatry 9, 190 (2019).
https://doi.org/10.1038/s41398-019-0515-5
Pringuey, D. (2010). 3. Phénoménologie de la dépression. Dans : Michel Goudemand éd., Les états dépressifs (pp. 19-25). Cachan: Lavoisier.
